luttant pour trier mes pensées vagabondes et organiser clairement l'endroit où chaque chose doit se rendre , je tente de mettre des mots sur ma vie jusqu'à présent . C'est une chose difficile qu'est de juger parmis toutes ces choses qui m'ont créé et solidifié lesquelles sont les plus importantes . Toujours en quête d'un Essentiel , ou de l'essentiel. Car celui-ci est ce que nous nous souvenons , la puissance et l'ambition. Je crois voir que l'essentiel jusqu'ici a été la recherche véritable, la recherche en quoi ? En l'expression des sentiments. Chaque jour , les secondes se succèdent et il m'est apparu comme une distraction de tenter d'analyser comment chaque individu exprime ce qu'il ressent. La diversité des manières, la gestuelle, l'accent, les mimiques. Il est aussi évident, que sur chaque ressenti un mot s'y attache, je suis alors confrontée à un nouveau problème, quel est ce sentiment ? je ne saurais dire pourquoi je m'attache à tous ces sentiments. J'aime essayer de deviner à travers les paroles, les véritables pensées des gens. Je m'amuse à les imaginer, je crée peu à peu un grand album des sentiments. J'y dessine la mélancolie, la tristesse, le bonheur, l'horreur, la peur, la soif, le raffinement, le dédain, la naïveté [...] Tous ces mots aux sens uniques, aux définitions précises. J'essaye d'aborder chacun d'entre eux pour pouvoir les peindre et les apprivoiser dans l'intention de les rajouter à ma collection. C'est une grande course aux sentiments que je vis jour après jour ; dans l'espoir de ne faire plus qu'un avec eux et de peut-être comprendre l'espèce humaine et ses ressentis. Je crains les non-dits et le mensonge, ces choses qui ne cachent que la pureté du sentiment... Je n'ai plus rien à dire. Alors je me fout dans un silence réconfortant. Pour te laisser entendre les cris des autres. Cris de joie ou de désespoir. Moi je ne crie plus, ou si je le fais, c'est intérieurement. Et les cris retentissent, rugissent jusqu'à la barrière du son, comme des fleuves assourdissants avant la sécheresse. Et je roule, telle une tempête angoissée, sur la mer des suspicions. Je n'ai plus rien à dire. Alors je me terre dans un gouffre enrobant. Pour te laisser voir les larmes des autres. Larmes de bonheur ou de peur. Moi je ne pleure plus, ou si je le fais, c'est silencieusement. Et les larmes surgissent, roulent jusqu'à la mer de mes émotions, comme des ruisseaux de vie avant la mort. Et je navigue, comme un bateau fou, sur l'océan des incompréhensions. Je n'ai plus rien à dire. Alors je me tais dans un abîme caressant. Pour te laisser me prendre la main sans me hanter de questions. J'ai besoin de tes forces pour m'accompagner sur le dernier chemin. Celui que j'ai choisi, la route du silence, bordée de foules en délire, compactes et filantes qui t'empêchent d'entendre que mon c½ur bat, tout simplement. Il ne faut pas trop me harceler, je ne parlerai pas. Parce que j'ai la gorge nouée, comme un tourbillon suspendu. Et toi tu n'y peux rien. C'est comme cela, viscéral silence que j'ai choisi. A force de trop parler, on n'entend plus rien, même plus les larmes qui dévalent et s'égouttent dans les tréfonds de nos c½urs. Ecoute mon silence, pour une fois. Et ne crie pas si fort. Il y a des silences assourdissants que tu dois entendre. Pour une fois je t'en supplie, ne parle pas, tais-toi et écoute.